Le 6 octobre 2017, nous sommes passés à l’histoire.

11 janvier 2018

L’atmosphère de la Place Bell à Laval était électrisante ce soir-là, et l’excitation était palpable. L’équipe affiliée des Canadiens de Montréal dans la Ligue américaine de hockey (LAH), le Rocket de Laval, a joué son match inaugural contre les Senators de Belleville devant une salle comble de 10 000 partisans qui acclamaient leurs nouveaux protégés.

La boutique de l’équipe affichait fièrement les foulards qui portaient la devise de la saison : « Propulsé par l’histoire ». Mais de quelle histoire parlons-nous ici?

Nombreux sont ceux qui ont connu les Chiefs de Laval, l’équipe de hockey qui a inspiré le documentaire sorti en 2004 intitulé Les Chiefs. Le Colisée de Laval, surnommé « House of Pain » a probablement une plus grande réputation et un plus grand impact dans l’imaginaire des amateurs de hockey au Québec. Or, peu de personnes connaissent la riche histoire du hockey entourant la ville, qui perdure depuis les années 60 et qui implique de gros noms tels que Mike Bossy et Mario Lemieux.

Laval a connu ses débuts dans le hockey professionnel avec les Saints de Laval, équipe qui a tout d’abord œuvré dans la Ligue de hockey junior métropolitaine de Montréal de 1963 à 1967. Elle est ensuite passée vers la Ligue de Hockey junior du Québec (LHJQ) durant la saison 1967-1968, pour finalement s’établir dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) en 1969-1970. Bien que l’équipe demeure peu connue, l’entraîneur-chef qui l’a dirigée lors de sa dernière saison dans la LHJMQ est, quant à lui, très populaire dans le monde du hockey. Doug Harvey, sept fois récipiendaire du Trophée James Norris remis au meilleur défenseur de la Ligue nationale de hockey (LNH), s’est dressé cette saison-là derrière le banc de ses jeunes joueurs.

Harvey est loin d’être le seul gros nom à provenir du hockey à Laval. Quand le National de Laval a amorcé ses huit années dans la LHJMQ en 1971, on assistait à l’essor de l’un des joueurs les plus dominants de sa génération : Mike Bossy.

Bossy a porté les couleurs du National entre les saisons 1972-1973 et 1976-1977. Durant son passage dans la LHJMQ, il a pris part à 264 matchs en saison régulière, marquant 309 buts et ajoutant 223 aides. Son succès exceptionnel à Laval s’est prolongé durant ses dix années dans la LNH, pendant lesquelles il a remporté quatre coupes Stanley, en plus d’avoir été le récipiendaire des trophées Calder, Conn Smythe et de trois Lady Byng. Et si le trophée Maurice Richard, remis au meilleur buteur de la saison, avait existé à l’époque, il l’aurait remporté deux fois. Cependant, parmi ses prouesses les plus remarquables, Bossy est devenu seulement le deuxième joueur de l’histoire de la LNH à marquer 50 buts en 50 rencontres – et tout cela a commencé à Laval.

Seulement cinq joueurs ont accompli l’exploit du 50-en-50, et Bossy n’est pas le seul joueur de Laval à l’avoir réussi.

Mario Lemieux, qui a également joué son hockey junior à Laval, a été le quatrième joueur de l’histoire à accomplir cet exploit. Avant qu’il n’enflamme les patinoires de la LNH, Lemieux a fièrement porté le chandail des Voisins de Laval, autrefois le National. Lemieux a joué trois saisons avec les Voisins, soit de 1981 à 1984, au cours desquelles il a récolté 562 points en 200 parties. Il détient également le record du plus de points en une seule saison lorsqu’il a amassé plus de 282 points en 70 rencontres – un record qui persiste encore aujourd’hui, 34 ans plus tard. Lors de cette dernière saison, Lemieux a mené son équipe au titre de champion de la coupe du Président.

Les Voisins de Laval sont devenus le Titan de Laval en 1985. Le Titan fut l’équipe la plus performante de la LHJMQ à cette époque, remportant trois coupes du Président (1989, 1990 et 1993) et participant à cinq reprises à la Coupe Memorial. Lorsque le Collège Français a été sélectionné afin de parrainer l’équipe, elle fût encore une fois renommée pour le Titan du Collège Français de Laval – équipe qui a vu naître une autre étoile montante de la LHJMQ durant son existence.

Francis Bouillon, qui a été intronisé au Temple de la Renommée de la LHJMQ, a passé une partie de ses années dans la ligue junior avec le Titan et le Titan du Collège français, entre 1992 et 1995. Toutefois, l’équipe a déménagé au Nouveau-Brunswick en 1998, faute d’un manque d’assistance les soirs de matchs – un problème qui n’a pas à inquiéter le Rocket présentement.

Le Titan du Collège français a peut-être dû déménager à cause d’un faible achalandage à la billetterie, mais les habitants de Laval ont prouvé que le hockey a sa place dans la ville encore aujourd’hui. En date du 1er janvier 2018, le Rocket a joué devant une foule moyenne de 6 485 personnes à domicile, ce qui est plus élevé que le record de la ligue établi durant la saison 2015-2016 avec une moyenne de 5 982 partisans.

Alors que l’histoire du hockey à Laval possède son lot de moments marquants, comme les 532 points de Bossy, le record de Lemieux et ses quatre coupes du Président, elle continue d’être perpétuée quotidiennement à la Place Bell avec le Rocket. Un autre chapitre du livre du hockey à Laval a été écrit par Daniel Audette, qui a marqué le tout premier but de l’histoire de l’équipe.

« C’était fou, a souligné Audette. Il y avait tellement de monde à la partie ce soir-là, la foule était incroyable [et] c’était la première rencontre de l’histoire de la Place Bell. C’est un moment que je n’oublierai jamais, c’est sûr ».

Pour Audette, qui a grandi à Blainville, situé à seulement 20 minutes de Laval, la nouvelle du déménagement des IceCaps de St. John’s à Laval a sonné comme de la musique à ses oreilles. « C’était excitant parce que, vous savez, St. John’s est évidemment loin de chez moi. C’est trois heures de vol, donc c’est bien de pouvoir se rapprocher de mes parents et de tous mes amis, a-t-il expliqué. Et, vous savez que le hockey à Montréal, c’est gros », a ajouté Audette en souriant.

Aujourd’hui, même la Place Bell fait partie de l’histoire du hockey à Laval. Bien qu’Audette ait de bons souvenirs de ses saisons à St. John’s, il apprécie la beauté de l’établissement et profite du confort de son nouveau domicile.

L’entraîneur-chef du Rocket soutient également que la nouvelle patinoire est admirable. Ayant lui-même joué pour les Voisins en 1984-1985 et pour le Titan de 1985 à 1987, Sylvain Lefebvre est en mesure de pouvoir comparer son expérience passée à ce qu’il voit aujourd’hui.

« Laval est très différente par rapport à ce que c’était à l’époque, explique-t-il. Nous étions au vieux Colisée à Saint-Vincent-de-Paul et maintenant, nous sommes ici. C’est le centre de tout ici à Laval, et il y a beaucoup plus de résidents actuellement. Je pense que tout est plus grand et plus neuf.»

Pour Lefebvre, le déménagement de l’équipe à Laval vient boucler la boucle de sa carrière. Il a débuté dans la Ligue junior à Laval avant de porter les couleurs de cinq différentes équipes de la LNH : les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto, les Nordiques de Québec, l’Avalanche du Colorado ainsi que les Rangers de New York. Il a éventuellement retrouvé sur son chemin l’organisation des Canadiens lorsqu’il est devenu entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, pour ensuite suivre l’équipe jusqu’à Laval.

« Pour moi, c’est comme un deuxième chez moi, mentionne Lefebvre en parlant de la ville. J’ai toujours des amis qui vivent ici à Laval, et ma famille est toujours ici à Laval », ajoute-t-il.

Malgré que tout paraisse différent aujourd’hui, Lefebvre se souvient toujours de ses années à Laval dans le junior. Parmi ses moments marquants, il y a la signature de son premier contrat avec les Canadiens et lorsque l’équipe a participé à la demi-finale des séries à sa dernière saison.

Ayant lui-même eu la chance de jouer au hockey à Laval, tout comme les joueurs qu’il dirige actuellement, Lefebvre est en mesure d’offrir à ceux-ci un point de vue d’expert afin qu’ils profitent entièrement de l’expérience.

« Juste d’être comme une éponge et apprendre, dit-il à ses joueurs. Tout ce que tu apprends ici t’aidera pour le reste de ta carrière. En tant que joueur, tu as besoin de ce temps, parfois pour te sentir mieux, te sentir plus confortable et acquérir plus de maturité physiquement et mentalement. Certains joueurs ont parfois besoin d’un an, d’autres deux, d’autres plus, mais tu sais, utilise ce temps pour apprendre et grandir comme joueur ».

Bien que les joueurs tiennent compte des conseils de leur entraîneur et absorbent tout ce que la richesse du hockey de Laval a à offrir, ils travaillent également sur une bien plus importante tâche : créer l’héritage de l’organisation qui va propulser les futures générations du hockey à Laval et tout ce que cela entraînera.